Mission

Le chœur gai d’Ottawa Gay Men’s Chorus est un organisme local, indépendant à but non-lucratif dont la mission est d’offrir de la musique de chorale de qualité qui bénéficie à la communauté LGBTQ.  Le chœur atteint son objectif en :

  • donnant l’occasion aux gais d’affirmer leur identité
  • entretenant un appui réciproque entre les membres
  • favorisant les artistes gais et lesbiennes et leur oeuvres
  • élargissant les aptitudes et connaissances musicales
  • développant un répertoire bilingue
  • coopérant avec d`autres éléments de la communauté LGBTQ 

Historique

Préparé par John Foster avec la collaboration de Claude Dufresne et Marcel Milot (trad.)

PRENDRE L’INITIATIVE 

À l’été 1986, M. Gordon Johnston conçut le projet de fonder une chorale regroupant des gais d’Ottawa inspiré par l’exemple du « Vancouver Men’s Chorus. » Un article de la revue GO Info sur le chœur de Vancouver a servi de bougie d’allumage. Grâce à des contacts dans la communauté gaie, y compris la « Metropolitan Community Church, » active à l’époque, il a réuni, à la fin août, un petit comité organisateur composé de Barry Deeprose, Tom Gallagher, Mark Krayenhoff, Glen Lewis et Wushke Ralph. Ce groupe commença le recrutement par le bouche-à-oreille et les répétitions commencèrent à l’automne. Le « Ottawa Men’s Chorus (OMC) » (trad. Le chœur des hommes d’Ottawa) vit le jour et a tenu sa première répétition le 9 septembre 1986.

M. Johnston était déjà un chef de chœur et un organiste expérimenté Il avait eu l’occasion de jouer comme artiste invité à des concerts organisés par le Tabernacle mormon de Salt-Lake-City. Gordon considère que sa forte affiliation aux Mormons a façonné sa perspective sur son identité « gai. » En effet, « Être gai et rejeter par mon propre système a été ma rédemption. Cela m’a donné une très bonne appréciation de la misogynie et de la bigoterie qui nous entoure.» Avec sa mère, il a travaillé avec les parents de lesbiennes et des gais de Salt-Lake-City; c’est comme “fonder l’Ordre d’Orange[1] au Vatican, » dit-il.

Le Chœur compta douze membres à ses débuts et a rapidement pris de l’expansion. L’OMC commença ses répétions à l’église anglicane « St. John the Evangelist » et a présenté son premier concert public le 13 décembre 1986 à l’église anglicane « St. Georges » d’Ottawa. Depuis, le chœur a présenté des concerts régulièrement.

Le directeur Johnston se remémore cette époque : « Les gens, particulièrement au gouvernement fédéral restait dans le placard. On comptait bien un petite groupe d’homme plus âgé dans des postes d’importance qui avait fait leur sortie, mais, pour les autres, c’était vraiment angoissant. » En effet, le contexte politique et social des année 1980 était vraiment différent de celui que nous connaissons aujourd’hui.

LE MILIEU GAI OTTAVIEN DES ANNÉES 80. 

Même si le ministre de la justice, Pierre Elliott-Trudeau avait déclaré que l’État n’avait pas d’affaire dans les chambres à coucher des citoyens en modifiant le code criminel en 1969, ça n’a pas « légaliser » l’homosexualité et la vie des homosexuels était tout sauf simple durant les décennies 70 et 80. Les efforts de tous les niveaux de gouvernement pour « encadrer les appétits » ont rendu essentiels la création de groupes de pressions pour changer les lois sur les maisons de débauche, les disposition règlementaires sur l’obscénité et d’autres parties du code criminel. La création et la mise en place de milieux sociaux propices à la création d’un ensemble de services et d’activités révélaient du défi. Rappelons-nous l’atmosphère engendré par les actions policières arbitraires et répressives qui a suivi l’arrivée du SIDA aussi bien que les réponses désobligeantes et destructrices aux tentatives de reconnaissance légale et complète des droits humains et à la protection.

Le raid au bar le TRUXX à Montréal illustre bien l’interaction entre la répression, les protestation et le progrès. En 1977, la police arrête les 146 clients de ce bar. Cette action fut suivie d’une grande manifestation qui amena le gouvernement provincial de M. Lévesque à ajouter l’orientation sexuelle à la liste des motifs de discrimination de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Onze années s’écouleront avant qu’une autre province n’emboîte le pas.

Le 5 février 1981 à Toronto suite à l’ « operation soap » menée dans quatre saunas, la police arrête 289 hommes. Cette action provoqua une contestation immédiate et radicale contre la police et le gouvernement provincial. Néanmoins, la police de l’Ontario continua, ce que l’historien Gary Kinsman appela la « guerre aux gays » dans les bars, les toilettes et les parcs du sud de l’Ontario. Ces raids étaient accompagnés de la publication du nom des hommes, d’atteintes à leur réputation, à leur emploi et à leurs relations et est responsable d’au moins un suicide. Les protestations et l’action des groupes de pression par les gais et les lesbiennes continuèrent; l’appui du public pour la protection des droits humains s’accentua si bien qu’en 1986, le gouvernement provincial minoritaire de M. Peterson adopta la loi 7 qui incluait l’orientation sexuelle au Code des droits humains.

Ottawa n’a pas été épargné non plus. Il y a eu une descente policière au « Club Bath » en 1976 et plus de vingt arrestations. Considérant l’impact négatif ressentit par plusieurs, l’importance de concevoir des initiatives positives pour affirmer la fierté et créer un milieu propice aux relations sociales et au activités créatives devenait pressante. Par conséquent, plusieurs initiatives dans les années 70 et 80, souvent menées par des groupes de pression, ont placé l’identitaire gai et la reconnaissance du public  à l’avant-scène. Le groupe « Gays of Ottawa (GO) » organisa, en 1971, des rencontres à l’église anglicane « St. Georges » (sise sur la rue Metcalfe), ainsi qu’à divers endroits et ont également monté un centre de références et un centre d’accueil. Le groupe entrepris la publication de la revue GO Info (à compter de 1972) et a été la fondation de la coalition pour les droits des gais canadiens à la fin de la décennie. GO fondât un centre au coin des rues Gladstone et Elgin qui fut malheureusement détruit par le feu en 1979. Par la suite, il occupa divers autres édifices au fil des ans. Les McAfee et d’autres organisèrent la première entité de « ÉGALE[2] » (traduction: Égalité pour les gais et lesbiennes partout) Celle-ci a joué un rôle clef dans l’avancement des politiques publiques en égard aux objectifs des gais et lesbiennes pendant plus de deux décennies. En 1989, GO devint l’Association pour les gais et lesbiennes d’Ottawa (ALGO) Au début des années 80, le service Gayline donnait des renseignements et prodiguait des conseils au téléphone. En 1986, GO organisa la première célébration de la fierté qui attira plus de 300 personnes à ce premier défilé et pique-nique.

Au début des années 1980, la menace du VIH/SIDA devint prédominante dans la communauté gaie. La création du comité du SIDA d’Ottawa en 1985 a été un élément fondamental de la réponse de la communauté au moment où la compréhension sociale, l’acceptation et le soutien demeurait un défi. Le SIDA n’était pas qu’un concept, il toucha la réalité des membres de la chorale, de leurs partenaires et de leurs amis.

Fournir un espace pour la vie sociale gaie – danses et bar avec permis – devint une partie de la mission de GO de même qu’une source de financement. La vie sociale s’épanouit. Le premier président du chœur se souvient « Il y avait un milieu de bar dynamique » pendant les années 80. « “Shades” fut à une certaine époque le bar gai le plus populaire en ville… Il est également important de mentionner les nuits très chaudes du côté du Québec si bien qu’après la fermeture de “Shades” et du “Centretown Pub,” pendant les nuits enneigés de l’hiver, une rangée de taxis nous attendaient pour nous conduire au bar “Le Club” de la rue Eddy à Hull. C’était formidable! » 

Nous devons également mentionner le rôle de l’église métropolitaine communautaire (« Metropolitan Community Church ») et du pasteur Ron Bergeron dans le développement du chœur. On organisait des rencontres au centre Jack Purcell sur la rue Elgin. Il est également important de souligner l’apport de la librairie « After Stonewall » dans le Glebe dans la communauté.

LES PREMIÈRES ANNÉES DU CHOEUR GAI 

À la fondation du chœur, son patronyme ne contenait pas le mot « gai » même si beaucoup de personnes tant de l’intérieur ou de l’extérieur de la chorale savaient qu’il était composé de gais. Comme l’a souligné Gordon Johnston: « si nous avions fait mention du mot gai, le chœur serait vite devenu le “duo gay d’Ottawa” au lieu du chœur des hommes d’Ottawa. Cependant, nous étions nous-mêmes et nous le faisions bien, nous-mêmes! Nous avions beaucoup de plaisir. Les aventures à l’intérieur du groupe faisaient toujours l’objet de ragots et pouvaient tenir le temps d’une soirée ou s’échelonner sur plusieurs années. »
Néanmoins, l’affichage identitaire gai en public a causé des tensions pour les membres de la chorale, presque depuis le début, puisque plusieurs avaient le même problème de « sortie du placard » au niveau personnel. En mars 1987, les membres furent invités à partager des énoncés d’intention sur l’identité gaie de la chorale et un « sommet » a été tenu à l’église unie de Wakefield pour discuter de ce sujet et d’autres. Ces « retraites fermées » s’échelonnèrent sur plusieurs années. Les membres acceptèrent un compromis par lequel on utiliserait l’appartenance à l’association internationale des chœurs gais et lesbiens (GALA) sur certaines publicités tout en donnant la possibilité aux membres de s’absenter de cette représentation sans préjudice.

Le choix de la musique n’a jamais constitué un problème parce que M. Johnston avait accès à un grand répertoire de chant vocal pour hommes. La première représentation comprenait le « Pilgrim’s Chorus » de Tanhauser. Sa formation est classique mais les membres pouvaient être soit des néophytes ou des musiciens accomplis. De plus, certains membres qui désiraient joindre les rangs de la chorale n’avaient aucune notion de solfège ce qui avait des conséquences sur le choix du répertoire. Cependant, l’approche a toujours été d’essayer et d’espérer grandir. Dans les premiers temps, les concerts étaient relativement brefs et incluaient des musiciens ou des chanteurs invités. Au fur et à mesure que le chœur et le talent augmentaient, les prestations s’allongèrent ainsi que le niveau de difficultés des pièces musicales choisies. Voici quelques faits marquants de l’histoire des débuts: un spectacle a incorporé la « Ceremony of Carols » de Benjamin Britten; le public a assisté à la première canadienne de Samuel Alder « Praise Thy Saving Power » et à la commandite Robin Grabell « A Christmas Elegy. » Le Chœur a commandé et présenté la première mondiale deux œuvres de Robin Grabell’s « Romance du printemps » et une trilogie de chansons country gay intitulé « Homo on the Range » par Andy T. Williams. Les deux compositeurs ont participé activement à la vie musicale de la région d’Ottawa.

En ce qui concerne l’auditoire, ce n’était pas véritablement l’objectif souligne M. Johnston. Les gens venaient nous entendre et voir ce que nous faisions. Dès 1988, l’auditoire du Chœur est monté à 582 personnes. Des revues comme GO Info ont certes aidé à donner de la visibilité au Chœur dans notre communauté.

En 1988, le Chœur s’est donné une mission qui avait pour but de:

« d’offrir de la musique de chorale de qualité qui bénéficie à la communauté gaie.  Le chœur atteint son objectif en :

  • donnant l’occasion aux gais d’affirmer leur identité; 
  • entretenant un appui réciproque entre les membres; 
  • favorisant les artistes gais et lesbiennes et leur œuvres; 
  • élargissant les aptitudes et connaissances musicales; 
  • développant un répertoire bilingue; 
  • coopérant avec d`autres éléments de la communauté gaie et lesbienne afin de promouvoir un aspect positif des gais et lesbiennes. » 

Le soutien de l’extérieur d’Ottawa a également été important particulièrement celui du chœur gai de Vancouver et de son directeur Willy Zwozdesky. Ce dernier a visité Ottawa lors d’une tournée qui visait à promouvoir un festival pancanadien de chorales gaies en 1971. Le chœur d’Ottawa et celui de Vancouver ont également pu compter sur l’appui de l’association GALA[3], crée en 1982 pour soutenir et fournir un répertoire de musique à au moins 173 chorales en 2011.

Suite à l’exemple donné par Vancouver, le chœur donna un concert à la Maison de la Culture Frontenac dans l’est de Montréal en Décembre 1989 pour encourager la formation d’une chorale gaie dans cette ville. Cette expérience a contribué à augmenter la confiance et l’enthousiasme des membres. Le Chœur entreprit alors de chanter avec divers groupes de Montréal, Syracuse et Toronto et prit part à des festivals canadiens à Toronto, Edmonton et Winnipeg et des festivals parrainés par GALA à Denver, Tampa, San Jose et Montréal[4].

M. Gordon Johnston continua son œuvre de fonder des chorales gaies avec la création d’un chœur féminin qu’il dirigea pendant six mois, le temps de trouver un chef de chœur féminin.

Le Chœur a exploré la possibilité d’obtenir un support financier plus large du Conseil des arts de l’Ontario et du programme municipal de soutien à la culture d’Ottawa dès le moment de sa création. En 1989, le chœur a entrepris d’obtenir son statut fédéral d’organisme de charité qu’il a obtenu en 1991.

[1] Pour le lecteur francophone: L’Ordre d’Orange (anglais : Orange Order, aussi connu sous le nom d’Ordre orangiste ou Institution d’Orange) est une organisation fraternelle protestante nord-irlandaise. Son nom est inspiré du titre de Guillaume III d’Angleterre, Prince d’Orange. Il s’oppose au fil des années à l’émancipation des catholiques puis à tous projets d’indépendance de l’Irlande. L’Ordre, qui supervise plusieurs organisations similaires, organise des parades pour commémorer différents événement de la Glorieuse Révolution, en particulier la Bataille de la Boyne, fêtée le 12 juillet. Des violences entre catholiques et protestants éclatent souvent lors de ces défilés. Source: Wikipedia

[2] L’acronyme ÉGALE a été conserve en français http://www.egale.ca/index.asp?lang=F

[3] Voir le site http://www.galachoruses.org/index.html (en anglais) pour plus de renseignements.

[4] Voir http://www.galachoruses.org/about/history.html (en anglais) pour plus de détails